Terre et mer

Copyright © Aude Hapiot et Myriam Dakhlaoui - 9/03/2006

Atelier du Jeudi soir 18h30-22h30 2005/2006



- Mais qui es-tu ?
- Un jeune pêcheur du village voisin
- Mais d'où sors-tu ?
- La mer m'a portée jusqu'ici
- C'est beau la mer. Je ne savais pas qu'il y avait quelque chose derrière !
- Elle est forte et capricieuse, il faut l'écouter
- Ma terre à moi, elle est dure et tendre à la fois. Il faut savoir la caresser.
- Ma mer est douce aussi, elle est vivante. Tu l'aimeras
- Elle bouge, elle me fait peur
- Il faut l'apprivoiser. Doucement d'abord en la saluant. Puis doucement tu rentres les pieds dans l'eau
- L'eau est froide. Ma terre à moi elle est chaude et tendre quand je la pénètre
- L'eau n'est pas froide, elle est vivante des milliers d'animaux qu'elle nourrit
- Mais pourquoi la terre ne te suffit-elle-pas ?
- La terre st petite ! mais elle est pénétrée par la mer
- (silence)
- Le peux remonter dans les terres grâce à la mer. Elle est illimitée et m'entraîne dans des contrées lointaines
- Ta mer bouge, elle m'envoûte, elle me séduit. Mais pourrais-je un jour en revenir si je me laisse emporter ?
- Ce sera à toi de décider. Tu pourras vagabonder comme tu pourras te reposer quelque part
- Resteras-tu t'occuper de ma terre pendant mon absence
- On partirait ensemble. On respirerait les embruns ensemble. Ta terre pourvoira à ton absence
- Ma terre sera brûlée au soleil, si je la laisse. Elle va pleurer, je ne peux pas la laisser seule
- Je ne peux vivre sans la mer. Je ne comprends pas. Ta terre semble si vivante et naturelle
- Au contraire, elle est fragile et délicate. Seule, elle risque de se blesser
- Ta terre m'intrigue. Apprends-la-moi
- Il faut la laisser respirer, la caresser et la goûter même pour la comprendre
- Je sais la goûter ! ses fruits sont merveilleux
- Et ses fleurs, as-tu 1 jour goûté ses fleurs ?
- Je les vois sis jolies, si envoûtantes et éclatantes
- Mais leur sucre est encore plus doux que leur couleur
- Pq goûter leur sucre ?
- Parce qu'il coule dans la gorge, il te réchauffe à l'intérieur de ton être. J'aime le sucre des fleurs…autant que l'eau des arbres
- Ma mer ne sait pas tout ça. Elle ajuste des horizons infinis à offrir. Et quant à l'eau, elle est salée, imbuvable et parfois glacée
- Pouah ! mais comment fais-tu pour l'aimer alors ! si elle ne te nourrit, ni ne te désaltère !
- Elle me nourrit ! les poissons sont en quantités ! elle ne me désaltère pas c'est bien son seul tort
- (silence)
- Je l'aime dans tout son ensemble. Même quand elle se fâche et qu'elle fait pleurer les femmes dans les chaumières
- Mais pourquoi se fâche-t-elle, ta mer ? n'est-elle pas heureuse quand tu lui caresses le dos ?
- Parfois il faut qu'elle se fâche et me montre qu'elle me tolère seulement. C'est une maîtresse capricieuse
- Ça c'est bien une femme ! je sais ce que c'est ! ma terre est pareil parfois…capricieuse
- Ta terre se fâche aussi ! des volcans ravagent tes cultures et te laisse crever de faim
- Arrête ! elle ne le fait pas exprès…elle n'est pas méchante ma terre….il faut la respecter, c'est tout !
- Toi aussi elle te rappelle à l'ordre. Elle est méchante, elle nous tolère c'est tout.
- Avec toi aussi, elle est méchante ta mer. Parfois elle t'avale et lorsqu'elle a assez joué avec ton corps, elle te vomit sur le rivage.
- Je l'accepte. C'est ainsi qu'elle m'aime.
- Elle t'aime en te redonnant à la terre. Tu parles d'une fidélité ! Ma terre à moi, elle me gardera précieusement dans son ventre, le moment venu.
- Ma mer donnera mon corps aux poissons et j'en serai heureux.
- Et moi, je n'aime pas les gens de la mer qui crachent sur la terre, la saccagent et l'énervent.
- Dois-je me sentir visé ?
- Tu te sens visé ?
- Oui.
- Alors, ce n'est pas ma faute ! J'en suis bien désolée !
- T'ai-je mal compris ? N'ai-je pas ressenti de l'aigreur ?
- De l'aigreur, ou de la jalousie. Je ne sais pas. Quelle importance ?
- Je croyais te faire aimer ma mer. Je croyais que tu pourrais m'aimer un peu.
- Mais ne comprends tu pas ? Je l'aime ta mer, et je t'aime aussi… mais je ne peux quitter ma terre… j'ai peur de la laisser.
- Ne la laisse pas. Je laisserai ma mer.
- Tu ne peux pas quitter ton premier amour. Pas pour moi. Je ne le mérite pas. (silence) Et si cela te rendait malheureux… Je ne supporterai pas de voir tes larmes monter dans tes yeux à chaque fois que tu croiseras son regard !
- Alors il faudra partir loin d'elle. Je cultiverai ta terre et je l'oublierai elle.
- Es-tu sûr que tu pourras ?
- Laisse moi une chance. Laisse nous une chance.
- Es-tu sûr de pouvoir oublier son parfum ? son goût et sa manière de te bercer ?
- Oui, oui, oui.
- Alors puisque tel est ton choix, je te donne ma terre… Elle est à toi.
- (silence) Je veux lui dire adieu.
- Oui, fais lui tes adieux et à la fin, retourne-toi sur ma terre et commence à l'aimer.
- Laisse moi seul une dernière fois avec elle.
- Je te laisse. Demande-lui pardon pour moi. Je ne voulais pas t'enlever à elle. Mais je t'aime et je veux te garder. (silence, étreinte, il sort)
- Adieu ma mer, pardonnes moi.