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Lise et Val
(Copyright © Patricia Ranvoisé Lavigne) Texte écrit d'après une improvisation
- Atelier du Jeudi 2004/2005 (4 heures du matin.
- Eh, Val! Qu’est-ce que tu fais?
- Je dors.
- Tu déconnes? Tu vas quand même pas dormir
après une soiriée pareille?
- ...
- Val ! déconne pas. Il est à peine 4h!
- Justement, il ne me reste plus qu’une heure pour
dormir avant d’aller bosser, alors laisse-moi.
(Val tourne la tête
de l’autre côté)
- Val, arrête! C’est con de dormir maintenant.
Tu sais, j’ai vu une émission là-dessus l’autre
fois à la télé...
(Sans cesser de parler, Lise contourne le lit pour s’asseoir
face à elle.)
- ... ils disaient que ça sert à rien de dormir
si on coupe son cycle de sommeil. Que c’est même pire que
de pas dormir du tout. Tu sais de combien il est ton cycle de sommeil
? Parce que, moi, le mien, il est de trois heures. Je le sais parce que
quand on me réveille avant, je suis pas bien.. Du coup, ça
sert à rien que je me couche si je sais que je vais pas pouvoir
dormir trois heures. Je risque d’être encore plus fatiguée
et...
(Val se retourne
- Fous-moi la paix,
Lise !
(Lise change de côté)
- Non, mais je t’assure,
c’est pas des histoires. J’ai aussi lu un truc là-dessus
dans Biba... ou c’était Jeune et jolie...? Je sais plus,
en tout cas, ça avait l’air très sérieux. Ça
a un rapport avec les rêves. Il paraît que si t’as pas
le temps de rêver, c’est...
- Lise, tais-toi!
- Mais Val, arrête
d’être comme ça! T’es vraiment pas sympa. Moi
je dis tout ça pour ton bien dis ça pour ton bien, pour
que tu dormes pas au travail.
(Val change brusquement de côté et enfouit la tête
sous la couverture.
- Val, écoute-moi,
je t’assure...
(Val bondit hors
du lit)
- D’accord, t’as
gagné, je ne dors pas! Mais je te préviens, tu vas venir
avec moi.
- Venir avec toi? Où?
- Au travail.
- A cinq heures du
mat? Tu déconnes Val, c’est l’heure à laquelle
je me couche! Tu vois, je me suis rendu compte que mon cycle commençait
vers cette heure...
- T’auras qu’à passer directement au cycle suivant. A moins que ça tombe à l’heure où tu dois, toi aussi, aller au travail? - Non, non, c’est
pas le problème. De toute façon, j’ai laissé
tomber le boulot. Mais c’est pas une raison pour...
- Comment ça t’as laissé tomber le boulot? Tu veux dire que tu t’es encore fait virer? - Je me suis pas fait
virer, Val. Je suis par-tie. Attends, ils se foutaient trop de moi avec
leurs horaires à la con. Ils m’ont fait toute une histoire
parce que j’étais arrivée à 11 heures au lieu
de 9. Attends, ça se fait pas de traiter les gens comme ça.
On n’est pas de la merde, quoi...
- Et le loyer ? Tu
peux me dire comment tu vas payer ta part de loyer?
- Qu’est-ce qui
te prend, Val ? Pourquoi tu t’excites comme ça ? Je l’ai
toujours payé le loyer, non ? Dis-moi quand je t’ai pas payée.
- Le mois dernier.
- T’exagères,
j’avais juste un peu de retard. Mais je me suis débrouillée,
non ?
- Justement, j’aimerais
bien savoir comment tu t’es débrouillée ? Comment
tu fais pour toujours te débrouiller alors que t’es pas capable
de garder un boulot plus de deux jours ?
- Attends, faut pas
confondre-là. Le boulot, si je le garde pas, c’est parce
que je tombe toujours sur des nases. Y a pas qu’à moi à
qui ça arrive, tu sais. L’autre jour, dans Voici, y avait
une fille qu’écrivait pour raconter comment son patron il
avait profité qu’elle avait besoin de fric pour...
- Alors, ton argent,
d’où il vient ?
- Je sais pas, moi...
Ca dépend... Y des copains qui m’en prêtent....
- Des copains? Du genre
de ceux d’hier soir?
- Eh ! Pourquoi tu
dis ça? Ils te plaisent pas mes copains?
- ...
- Putain, Val ! J’y crois pas. Je t’emmène pour que tu sortes un peu, que tu rencontres des gens au lieu de passer des soirées à la con toute seule devant ta télé, et toi tout ce que tu fais, c’est de critiquer mes amis. Franchement, Val, je trouve ça dégueulasse. - Pauvre Lise ! Tu
comptes vraiment continuer à vivre longtemps comme ça? A
sortir en boite tous les soirs avec ces types qui n’en ont rien
à foutre de toi?
- Arrête, Val!
T’as pas le droit dire ça! D’abord qu’est-ce
tu sais sur eux? Tu les as vus qu’une seule fois.
- C’est suffisant
pour comprendre ce qu’ils te veulent. Le pire c’est que tu
ne te rends même pas compte qu’ils se payent ta tête.
C’est lamentable, Lise!
- Arrête! Tu
racontes n’importe quoi!... Oh, merde, ça y est, mon mal
de tête est revenu. C’est à cause de toi....
(Lise se précipite au salon et ramasse son sac dans lequel
elle fouille fébrilement.)
- Merde, merde, merde,
ils sont passés où ces putains de cachets?
Elle trouve le tube
de comprimés et en avale deux coup sur coup. Puis elle se sert
un verre de whisky qu’elle boit cul-sec.
- Lise, tu m’entends?
- Arrête, Val.
Je veux plus t’écouter. De toute façon, tu comprends
jamais rien! Je fais plein d’efforts pour toi. J’essaie de
te sortir, de te présenter des garçons, et franchement,
je t’assure, c’est pas facile... Et toi, comment tu me remercies?
En jugeant mes copains!
(Elle se ressert un verre de whisky qu’elle vide d’un
coup.)
Val à mi-voix:
- Pas tes copains,
Lise. Toi.
- Arrête! T’as
pas le droit de dire des trucs pareils!... Aïe! ma tête. Je
sais pas ce que j’ai, je me sens mal tout à coup. Faut que
j’aille me coucher.
(Elle saisit la
bouteille de whisky et pivote vers sa chambre.
- Tu comptes la terminer?
(Lise s’arrête net.)
- ...
- La bouteille, tu
comptes la terminer?
(Lise fait volte-face)
- Mais qu’est-ce
qui te prend? T’es folle ou quoi? Dis que je suis alcoolique, pendant
que tu y es.
- Oui !
- … Je…?...
Tu... Mais ! Enfin, Val... t’es complètement dingue ! Je
peux quand même boire un verre de temps en temps sans que...
- De temps en temps?
- Aïe !…
Putain, Val, arrête tes conneries. Faut vraiment que j’aille
me coucher maintenant, je te jure. Sinon, ça va faire comme ma
mère. Je sais parce que quand j’étais petite, elle
avait toujours des migraines comme ça. C’était tellement
fort qu’elle restait couchée dans le noir sans rien faire
pendant des semaines. Fallait surtout pas la dérang…
- Avec un bouteille
de whisky ?
- Hein ?
- Ta mère, elle
restait couchée avec une bouteille de
whisky ?
- Parfois, oui, mais…
Mais, qu’est-ce que t’as à la fin, Val ? T’es
complètement obsédée avec cette bouteille ou quoi
?
(Lise repose la bouteille de whisky sur la table.)
- Voilà ! T’es
contente ? C’est ça que tu voulais ? Tu vas
me foutre la paix, maintenant?
- Non.
- N... non ?…
Mais enfin, Val, qu’est-ce que t’as? Qu’est-ce que tu
veux?… S’il te plaît, arrête, je déteste
quand tu me regardes comme ça… J’en peux plus! Faut
vraiment que j’aille me coucher. Tu me stresses trop.
- Et alors? Le stress,
tu maîtrises, non? C’est pas toi l’autre fois qui me
disais comment faire pour m’en débarrasser? T’avais
lu ça dans un de tes magazines,. Biba, Réponse à tout, ou je sais plus quoi.
Qu’est-ce qu’ils conseillaient déjà? Ah oui!
De s’aérer, faire du sport, et, en cas de crise, téléphoner
à un ami proche. Eh bien, c’est le moment ou jamais d’essayer,
non? Tu pourrais peut-être contacter un de tes fameux copains pour
qu’il vienne te déstresser. A moins, qu’à cette
heure-là, ils s’en foutent de ton stress, tes « copains ».
Ou qu’ils s’en foutent tout le temps. Que la Lise qui les
intéresse, c’est celle qui aime sortir en boîte, boire,
s’amuser, et à qui on peut tout demander tout ce qu’on
veut parce qu’on est sûr qu’elle viendra pas vous faire
chier le lendemain matin. Et pour cause, puisqu’on lui a même
pas donné son numéro de téléphone! Parce que
tu ne l’as pas leur numéro, n’est-ce pas? C’est
toujours eux qui appellent quand ils ont besoin de toi…
(Lise se laisse tomber sur une chaise. Val s’arrête
net de parler et la dévisage un moment en silence. Puis elle se
détourne, l’air mal à l’aise...)
- Excuse-moi, faut que j’y aille. Je vais être
en retard au boulot.
(Elle verse une rasade de whisky dans un verre qu’elle lui
tend.)
- Tiens, prends ça
et va te coucher. Ca ira mieux au réveil, j’en suis sûre.
(Sans lui laisser le temps de répondre, elle s’éloigne,
attrape son manteau au passage et sort.
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